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29/06/2009

Nouvelles en famille - 14 septembre 2009

Nouvelles en famille - 14 septembre 2009

Sommaire

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Le mot du Père Général

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J'ai envie de crier

Dans une lettre, saint François-Xavier écrit ceci : « Il me vient souvent l’envie de parcourir les universités d’Europe, surtout celle de Paris, et de crier comme un homme qui a perdu le sens, pour secouer ceux qui ont plus de doctrine que de charité en leur disant : Hélas, combien d’âmes, par votre négligence, sont exclues du ciel et s’engouffrent en enfer ! » (Office des lectures du 3 décembre)
Au Tamil Nadu d’abord, pour Enakius et Stervin, puis à Chiang-Maï pour Kriansgak, j’ai assisté à des ordinations sacerdotales. Comme elles étaient célébrées en langue locale, au Tamil Nadu notamment, je ne pouvais m’empêcher de penser à l’immense travail mené par saint François-Xavier pour évangéliser ces populations - des siècles plus tard, on peut constater la vitalité de ces communautés, tout au long de la côte sud-est de l’Inde. Et de mon cœur montaient des cris semblables à ceux de saint François-Xavier.
Le Seigneur a été bon pour nous, et nous sommes remplis de joie, parce que cette année, dans la Congrégation, nous avons vingt novices, douze Bétharramites prononcent leurs vœux perpétuels et huit sont ordonnés prêtres.
Nous avons connu l’amour de Dieu pour nous et nous y avons cru… La  meilleure chose qui nous soit arrivée dans la vie, c’est d’avoir connu Jésus et d’avoir décidé de vivre comme il nous l’apprend dans l’Évangile. Aussi important que le travail missionnaire, le fait de cultiver son intériorité au moyen de la prière et de la lectio divina, nous permet de resserrer l’union au Christ qui a changé notre vie.
Les temps sont durs… mais ils sont ce qu’il nous revient de vivre ; pour nous, ils sont temps de grâce, Kairós. Aimons l’époque et le monde où nous sommes, car le Père de bonté aime les hommes qui y vivent, ceux-là même à qui nous devons le révéler en leur annonçant Jésus Christ.
Rendez compte de votre espérance… avec douceur et respect… ’Europe manque de vocations, la profession de foi chrétienne ne jouit plus du prestige social qu’elle avait autrefois, les médias présentent le fait chrétien comme une donnée historique sans avenir. Ce que nous savons bien, c’est que l’avenir de l’Église et de notre Congrégation dépend de notre fidélité joyeuse à notre vocation et à notre mission. De plus, la situation présente nous oblige à purifier nos motivations vocationnelles pour ne vivre que par amour envers Celui qui nous a aimés le premier.
Vous qui êtes restés fidèles dans les épreuves avec moi… Les religieux de Bétharram dans leur majorité sont fidèles à leur vocation et à la mission. Ce sont d’authentiques disciples et de vrais missionnaires. Ils savent qu’être consacré n’est pas à la mode, et que la contradiction fait partie de la suite du Maître qui ne fut ni connu, ni compris, ni accepté. Et comme ils ne sont pas plus grands que lui, ils doivent connaître le même sort.
Ne vous alignez pas sur le monde, au contraire… Ils sont rares, mais il est des Bétharramites qui semblent avoir oublié la profession publique qu’ils ont faite, un jour, de vivre selon l’Évangile : ils se sont embourgeoisés, adoptant les critères matérialistes, hédonistes, relativistes et individualistes de la société de consommation actuelle.
Caritas in veritate et veritas in caritate… Nous, nous sommes pour la vérité, pour la vie, pour la famille et la dignité sacrée de toute personne créée à l’image et ressemblance de Dieu, par amour. Nous sommes aussi pour toutes les autres valeurs proposées par Jésus dans l’Évangile : le pardon, l’unité, la communion et la fraternité, la sobriété de vie, le sens des responsabilités et le respect des différences.
C’est vrai, nous sommes tous pécheurs. Mais cette grande vérité ne doit pas être l’excuse qui justifie des comportements en contradiction avec le style de vie de notre vocation, et fasse renoncer à prendre au sérieux notre conversion personnelle. Car il est tout aussi vrai que Jésus est mort pour nos péchés, afin que, dépassant nos limites, nous vivions d’une vie nouvelle.
Le choix fait librement de vouloir obéir aux supérieurs, comme Jésus a été obéissant au Père jusqu’à la mort de la croix, reste une valeur bétharramite fondamentale ; loin de faire de nous des frustrés, elle nous libère pour mieux accomplir notre mission et permettre notre épanouissement personnel, dès lors qu’on vit toujours référé au Christ obéissant, humilié et ressuscité : il n’a pas agi selon sa convenance (Ro 15, 2-3; Hé 12, 2-3) mais s’est sacrifié en tout pour être agréable à son Père bien-aimé.
Vous ne pouvez imaginer combien la blessure du renvoi de Gilbert de la Congrégation saignait en moi, tandis que je voyais Enakius, Stervin et Kriangsak sceller du baiser de paix à l’évêque leur Oui, je le promets, en réponse à sa question : Promettez-vous obéissance et respect à vos supérieurs ? J’espère de tout cœur qu’ils seront fidèles à ce : Oui, je promets obéissance et respect à mes supérieurs !
La dimension prophétique de notre vie est très forte, même si on ne le dirait pas : notre obéissance contredit ceux qui réfèrent tout à l’ego ; notre chasteté proclame que les relations humaines s’enracinent dans le respect des personnes et de leurs différences, et non dans le plaisir personnel ; notre pauvreté témoigne que les biens matériels sont relatifs et qu’ils sont destinés à être partagés pour subvenir aux besoins de chacun ; notre fraternité atteste qu’on peut vivre unis tout en étant différents.
C’est dur de se résigner à ne pas savoir comment s’y prendre, ou à manquer de courage pour proposer aux jeunes la personne de Jésus en Espagne, France, Angleterre ou Italie. Nous devrons rendre des comptes de cette omission pour trois raisons : parce que nous fermons aux jeunes la possibilité de connaître et de rencontrer Jésus, qui seul donne sens à la vie ; parce que nous privons l’Église de personnes valables pour continuer sa vie et sa mission ; parce que nous ne travaillons pas à ce que la société puisse compter sur des gens qui s’engagent, capables de se donner tout entiers pour bâtir la Civilisation de l’Amour.

Gaspar Fernandez,SCJ


nef-etchecopar.jpgLe Père Auguste Etchécopar écrit... à sa sœur Julie, Fille de la Charité, 10 Septembre 1876

Q’est-ce que l’homme, pour qu’un Dieu y colle son cœur !... Je le lisais dans Job : «La vie de l’homme n’est qu’un combat : quand venait la nuit, j’appelais le jour ; et le jour venu, je soupirais après les ténèbres».
Ainsi, a-t-on lutté avant nous... Donc, en avant toujours, à travers peines et joies. En avant toujours vers le cœur et dans le cœur de Jésus, qui est tout ouvert, et ne se ferme jamais…
En avant, toujours ! Il connaît notre misère... Il est Père, il est Mère ! Il est hostie ! il est victime ! Il est douceur et humilité !
O Dieu de bonté ! Ce n’est qu’à la mort que nous connaîtrons et proclamerons toutes ses tendresses, en espérant contre toute espérance ; à l’imitation des hommes de grande foi, et en recevant, avec son baiser eucharistique sur nos lèvres défaillantes, le pardon d’une vie toute indigne et pleine de mystères. Alors, nous nous écrierons avec le Prophète : Alors même qu’il me donnera le coup de la mort […] j’espérerai en lui et je ne serai pas confondu. Amen ! Amen ! Amen !


À toi, disciple du Bon Pasteur

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En cette année du sacerdoce, cette homélie d’une messe anniversaire d’ordination, prononcée le 3 mai dernier, dimanche du Bon Pasteur, tombe à pic. Extraits.

Dans l’Évangile, le Christ se présente comme le Bon Pasteur. Par l’image de celui qui donne sa vie pour ses brebis, le Christ veut nous faire entrevoir de quel amour il nous aime. Il y a comme une densité d’amour qui se cache sous cette comparaison du Bon Pasteur. Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est Dieu qui nous a aimés le premier et Il continue de nous aimer le premier.
Le berger est toujours présent… Il n’abandonne jamais son troupeau, ni de jour ni de nuit. Il est là perpétuellement aux aguets pour le garder, pour lui donner confiance et sécurité. C’est ainsi que le Christ est présent dans nos vies : Il l’est par son Eglise et par les pasteurs qu’Il lui a donnés ; Il l’est personnellement dans l’Eucharistie, Il l’est par son Esprit. Présence constante et active : une présence d’amour, présence amoureuse !
Le berger connaît ses brebis… Chacune en particulier : il l’appelle par son nom. De même le Christ ! Il sait nos difficultés, nos soucis, nos peines, nos misères, nos péchés. Il les sait mieux que nous-mêmes. Quels que soient nos difficultés, nos péchés…, il continue à poser sur nous un regard de tendresse, un regard de miséricorde : le cœur de Dieu si proche de nos misères. Cette certitude doit nous inspirer pleine confiance, sérénité et joie.
Le berger rassemble son troupeau… Qu’une brebis s’égare, il part à sa recherche, jusqu’à ce qu’il l’ait trouvée et ramenée au bercail. Aucun homme, quelle que soit sa condition, si misérable qu’il puisse être, n’est laissé pour compte. Dieu aime chacun  personnellement  comme s’il était le seul pour qui Il devrait donner sa vie. Voilà comment le Seigneur, le bon pasteur se comporte envers nous...
Et toi, frère prêtre, regarde Jésus, le bon pasteur qui te fait participer à son sacerdoce. N’oublie pas que le bon pasteur est toujours présent, toujours à la tâche. Il n’est pas l’abonné toujours absent à la tâche. Sois un pasteur au grand cœur, prêtre selon le cœur de Jésus, un bon pasteur et non, un "bonbon" pasteur, ces pasteurs manipulateurs de Dieu qui sont partout et de plus en plus nombreux à tous les carrefours, dans toutes les rues, dans tous les temples et dans nos églises aussi…Ces soi-disant pasteurs qui font dire à Dieu ce qu’il ne dit pas…Qui veulent faire faire à Dieu ce qu’il ne veut pas faire. Ceux-là sont des pasteurs mercenaires. Ils ne connaissent pas les brebis…Ils trahissent la confiance mise en eux par le Maître.
Frère prêtre, n’oublie pas que tu es instrument de la puissance du Christ. En dépit de ta faiblesse d’homme, la lumière du Christ rayonne sur toi. Le prêtre est un Dieu donné. Tu es un Dieu donné à ta famille, non seulement à ta famille mais à ta communauté chrétienne, à l’Église, à tout le monde. Tu voudras toujours donner à tous ceux qui te fréquentent de découvrir que le prêtre de Jésus Christ est un véritable Dieu-donné.
On entend ordinairement que le prêtre est avant tout un homme. Que cela ne soit pas pour toi un argument pour justifier tes médiocrités, tes faiblesses. Que cela ne soit pas pour les autres une occasion pour rire de ton sacerdoce. Oui nous sommes des hommes  faibles, appelés par le Seigneur lui-même pour devenir forts avec lui. Oui, nous sommes des hommes faibles, qui ont à se laisser transformer par le Maître et Seigneur. Si le prêtre est un homme, il n’est pas homme comme les autres, si le prêtre est un homme, il n’est pas un vulgaire homme ou un homme vulgaire. Il est porteur de quelque chose qui le dépasse, il est porteur de Quelqu’un qui est plus fort que lui et le rend fort.
La suite du Christ est folie. Il faut être suffisamment fou de Dieu pour tout laisser pour le suivre, il faut être suffisamment fou de Dieu pour renoncer à fonder une famille, pour se mettre à la disposition de l’Évêque ou du Supérieur qui nous enverra là où il voudra au nom même de l’obéissance. Il faut être suffisamment fou de Dieu pour se lancer dans cette aventure. En effet, la vie du prêtre, c’est peut-être une folie, mais c’est la seule folie qui soit une sagesse porteuse de Vie.

Sylvain Dansou Hounkpatin,SCJ


Ce que je comprends de notre spiritualité du Cœur de Jésus

Deux scolastiques ivoiriens ont participé à une session à Bétharram l'été dernier. Dans les articles qui suivent, ils reviennent, chacun à sa façon, sur des points qui leur tiennent à cœur.

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Dans le cadre de la mini session en vue des vœux perpétuels, le thème du Sacré Cœur a été, entre autres, l’un des plus accrocheurs et édifiants. Notre fondateur a su pénétrer théologiquement le mystère de ce Cœur du Seigneur, pour non seulement s’en imprégner pour sa propre vie de prêtre, mais aussi  pour en tirer la vocation particulière de la congrégation qu’il a fondé. Ainsi écrivait-il : Pourquoi notre société porte-t-elle le nom de société du Sacré Cœur de Jésus? - Parce qu’elle est spécialement unie à ce divin Cœur disant à son père « me voici », dans le but d’être ses coopérateurs pour le salut des âmes. Parce qu’elle fait profession d’imiter la vie de notre Seigneur d’une manière qui lui est particulière ; car elle forme ses membres à vivre dans un esprit d’humilité et de charité entre eux, à l’exemple des disciples de Notre Seigneur, et à se conformer à ce divin sauveur principalement dans son obéissance envers son Père et dans son zèle pour le salut des âmes. Ce  nom rappelle si bien les sentiments de charité et d’humilité, de douceur, d’obéissance, de dévouement renfermés dans ce premier acte du Sacré Cœur de Jésus : « Me Voici. » (DS 44)
De cet enseignement si riche, le Sacré Cœur évoque  pour moi, non seulement tout un programme de salut, mais dit aussi bien l’identité de ce Dieu amour fait chair en Jésus Christ. C’est ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qui s’est vidé de lui-même pour n’être rempli que de charité, d’humilité, de douceur, d’obéissance et de dévouement dont  la croix fut l’expression culminante.
Pour moi, le Sacré Cœur est la source du « me voici ».  Par ce  premier acte, le Sacré Cœur nous donne d’intégrer l’amour ineffable de Dieu et d’en être nous aussi des témoins vivants. Parler du Sacré Cœur, c’est définir la spiritualité qui nous livre le visage d’amour de Dieu pour le bonheur de l’homme, c’est appréhender la spiritualité qui nous introduit dans la  dialectique de l’amour et du bonheur ; être heureux pour aimer, et aimer pour être heureux.
Creuset du « me voici », le Sacré Cœur ne peut nous laisser indifférents et statiques. Il nous interpelle non seulement à un dynamisme d’union avec le Christ sauveur, à une vie intérieure plus solide  mais  aussi à un agir performatif dans ce monde et dans la vie de chaque homme. Dès lors le Sacré Cœur comporte d’autre part, une spiritualité d’engagement qui invite chaque chrétien à une vie spirituelle heureuse, à une vie épanouie dans le don de soi pour le bien des autres.
De ce Cœur découle toute vertu de disponibilité : disponibilité à Dieu  et disponibilité aux autres pour vivre le « me voici », le désir de se configurer au Christ anéanti.
Ainsi, amour, bonheur, et engagement sont les notions qui résument pour moi le Sacré Cœur.

Olivier Ohoueu Adiko,SCJ


8 minutes avec... le Frère François Tohonon Cokou

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Le Frère François Tohonon Cokou, Béninois d’origine, a passé son année de préparation aux vœux perpétuels à Bétharram. Nous avons voulu en savoir plus sur cette expérience au berceau de la Congrégation.

Nef : D’une maison de formation dans une jeune Église (Adiapodoumé) à un sanctuaire de la vieille Europe (Bétharram-Notre-Dame), comment as-tu vécu ce passage ?
--  Je l’ai vécu comme une grâce. Bétharram est un lieu exceptionnel avec ses sanctuaires, son calvaire et les stations avec le chemin de la croix. Le cadre est beau et j’ai particulièrement apprécié la paix qui s’en dégage. Très riche de sens spirituel, Bétharram est un lieu inoubliable, dans son site, son histoire et es liens avec Lourdes.

Quels étaient les objectifs et les moyens de cette année spéciale ? Quel bilan en dresses-tu ?
-  Il s’agissait de me faire prendre un peu de recul par rapport à ce que j’avais vécu jusque là, de me faire découvrir d’autres réalités, et surtout de me plonger dans cet univers qui fait celui de Saint Michel durant la plus grande partie de sa vie et qu’il a profondément marqué de son exceptionnelle sainteté. A Bétharram, nous ne pouvons que découvrir ce visage du saint, avec  sa théologie et sa spiritualité du « Me Voici ». Pour moi à Bétharram, tout sent et respire Saint Michel Garicoïts.

Tu as été envoyé dans  une communauté où l’accueil a une place importante : t’es-tu senti accueilli ? comment as-tu accueilli les aitres (confrères, hôtes etc.) et qu’en as-tu appris ?
- J’ai grandement apprécié d’être reçu dans une communauté diversifiée où chacun  a des responsabilités différentes, mais où la fonction « accueil » tient une place importante. J’ai, en outre, découvert et particulièrement apprécié la proximité de la Maison de Retraite. Il y a là une communauté de religieux dont certains marchent allègrement vers leur centenaire. Ils savent si bien s’intéresser à ce que je vis et à ce que je suis en tant que jeune en formation. De plus, chacun avec son histoire et ses expériences m’apporte un témoignage de foi qui contribue favorablement  à ce que j’ai désiré vivre pendant cette année de retrait : découvrir en profondeur la spiritualité de notre fondateur et vivre intensément une certaine familiarité avec Lui.
Mes supérieurs m’ayant confié plus spécialement au responsable de l’accueil, il m’est donné  de recevoir bien des personnes. J’essaye de me mettre le plus possible à leur disposition. Certains sont d’origine modeste, d’autres plus « huppés » ; les uns demandent à passer la nuit, d’autres cherchent un endroit tranquille où se reposer ou désirent se ressourcer spirituellement. L’essentiel est d’être « à l’écoute » de chacun, « d’être là  et de vivre avec » chacun pour le satisfaire au mieux. N’empêche qu’à travers toutes les rencontres que je peux faire, je m’aperçois que la solitude est ce dont souffre beaucoup de gens, quand ils ne vivent pas des situations fort douloureuses. Leur manifester la compréhension, voire la compassion que l’on peut éprouver est ce que l’on peut leur donner de meilleur. Et cela contribue à nous fortifier nous-mêmes. Car nous n’avons pas forcément à leur apporter quelque chose mais que de recevoir d’eux …

Tu as vécu « au pied de saint Michel Garicoïts » pendant 9 mois : qu’est-ce que cela t’a apporté ?
-  Les mois passés auprès de saint Michel Garicoïts m’ont permis de mieux le connaître et de désirer ardemment faire de son « Me Voici » une réalité qui saisisse toute ma vie. Surtout avec les motifs qui étaient les siens : « Sans retard, sans réserve, sans retour, par amour plutôt que pour tout autre motif ». Comme je voudrais être ce « Cœur qui aime véritablement, qui croit, qui goûte les choses de Dieu, qui court, qui vole sur les pas de Notre Seigneur Jésus » (DS 111). Pour entrer concrètement dans ce projet d’amour et de salut de Dieu dont notre Père fondateur fut un exemple extraordinaire. Autrement dit, comme lui, je veux être ce jeune rameau, cette jeune tige, qui croît et étend ses rameaux pour relever et sauver « l’Homme et tout l’Homme ».

En juin, avec deux frères africains, tu as fait les Trente Jours ignatiens ; en juillet, avec de jeunes religieux indiens, tu as participé à une session extraordinaire de préparation aux vœux . Que retires-tu de cette double expérience?
-  La première expérience, celle de la retraite ignatienne, m’est apparue comme une réédition du Noviciat sans doute aussi pour mes frères : même formateur, mêmes compagnons ou à peu près, proximité d’un monastère, non plus le Carmel de Bethléem, mais le Monastère des Sœurs de Bethléem, à cinq kilomètres de Bétharram.
Vécue de bon gré, dans la foi, la confiance, l’espérance et l’abandon à Dieu, cette retraite m’a permis d’entrevoir davantage le projet de Dieu sur moi. Elle a été comme une rétrospective sur ma vie avec le Seigneur  et sur mon expérience bétharramite  jusqu’à ce jour. Surtout, me permettant mieux de répondre à ces différentes questions ignatiennes : Qu’est ce que j’ai fait pour le Christ ? Que ferai-je pour Lui ? Qu’est ce qui me reste à faire ?, elle m’a permis de redire avec conviction « Dieu, tout ! Moi, rien ! ».  Fort de cette expérience, mon désir de suivre le Christ dans la vie religieuse devient de plus en plus ardent. En effet, je veux poursuivre mon cheminement et m’engager à connaître, suivre et aimer le Christ, afin de Lui ressembler davantage et que mon offrande soit aussi authentique que possible à la gloire de sa divine Majesté. C’est dans cette même optique que j’ai vécu la session extraordinaire de préparation aux vœux. Elle fut une rencontre joyeuse avec des frères de l’Inde et avec des compagnons de longue date. Les échanges et partages aussi bien que les tâches assumées  dans la disponibilité et le respect les uns des autres  ont été, malgré la difficulté des langues, une occasion d’apprécier encore l’internationalité de notre Congrégation.
Les différentes routes et chemins qui nous ont conduits en des lieux fréquentés, jadis, par saint Michel Garicoïts, ont été des temps forts. Plusieurs d’entre sont particulièrement parlants : Ibarre avec son isolement et son calme nous ramenait à nos origines « pauvres » ; Cambo nous rappelait la dévotion  au Sacré Cœur de ce jeune vicaire qui, devenu supérieur de séminaire, puis fondateur de congrégation, restait fasciné par une dévotion qui nous est si chère ; Igon nous remplissait de  reconnaissance envers Sainte Élisabeth Bichier des Anges qui fit découvrir à celui qui était « supérieur de quatre murs » à Bétharram, les richesses de la vie religieuse ; Loyola enfin, le Saint fasciné par une dévotion  des grands Maîtres spirituels, soucieux avant de les imiter  en quête de la plus grande gloire de Dieu. Et pour boucler la boucle, Bétharram, source jaillissante, où il nous a été donné de nous désaltérer longuement.

À ton retour en terre d’Afrique, y a-t-il quelque chose de changé dans la vision de ta vocation et de la mission de Bétharram ?
- À mon retour en Terre d’Afrique, ma vision de la vocation et de la mission de Bétharram m’apparaît avec davantage de réalisme. Nous vivons au milieu de populations qui ont leurs caractéristiques propres, je dirai leur personnalité. Les connaître toujours mieux pour œuvrer  efficacement à leur promotion humaine et, si possible chrétienne. Il est des jeunes souvent désorientés, avec des problèmes familiaux compliqués, qui cherchent des repères même sans s’en douter, des adultes sur qui s’appuyer. J’aimerais tant être un de cela. Relayer en quelque sorte Notre Dame du  Beau Rameau.
Par ailleurs, pour mes frères bétharramites et moi, notre mission aujourd’hui, se veut être un retour à notre origine : « Être Mystique de l’Incarnation ». Cette mission doit se vivre dans une certaine disponibilité avec promptitude et discernement, pour œuvrer efficacement à cette promotion de l’humanité qui nous est si chère, venir en aide aux hommes et aux femmes de notre temps et de notre monde. En d’autres termes, il nous incombe une lourde tache auprès de nos frères et sœurs malades (physiquement, physiologiquement, psychiquement, moralement). Pour leur donner simplement de notre temps et témoigner de Jésus qui sauve tous les hommes sans exclusion par amour. Aussi, la mission fait de nous de véritables éducateurs de la foi, de l’intelligence, de l’âme, mais surtout de la prière. Enfin, elle nous exhorte à pratiquer douceur, patience, tendresse et  prudence dans les relations et sollicitations. Car nous sommes au « service » des hommes et non à leur « disposition ».

Quelle conviction emportes-tu avec toi que tu voudrais nous offrir ?
- Depuis ma première profession religieuse à Bethléem, ce désir de suivre le Christ dans la famille religieuse bétharramite devient de plus en plus net : joie, confiance, et bonheur m’accompagne dans cette aventure amoureuse de foi. J’y puise maintes  occasions de me mettre au service de mes frères dans nos communautés et dans l’Église pour apprendre à procurer aux autres le même bonheur que j’éprouve moi-même à la suite du Christ. Fort de cela, une seule conviction m’habite désormais : consacrer ma vie à Dieu n’est certes pas du gâchis. Je demande au Sacré Cœur de mettre en moi de façon constante la volonté de faire de ma vie une offrande spirituelle à la gloire de la Divine Majesté. Ce faisant, je voudrais être de ceux « qui volent sur les pas de notre Seigneur Jésus Christ ».

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SOLIDARITÉ 2009 Un portrait pour un projet (3)

 

nef-09098.jpgKouassi Aya Mélanie est la fille unique d’une maman célibataire, Palé Thérèse. Toutes deux habitent un quartier pauvre jouxtant la paroisse animée par les Pères de Bétharram -  où elles sont d’ailleurs actives, Mélanie comme servante d’autel et Thérèse à la Légion de Marie.
Chaque jour, Mélanie arpente les ruelles de son quartier pour aller à l’école dans une classe surchargée. Malgré des conditions de vie plus que difficiles, Mélanie travaille bien : à 9 ans, elle est en CE2 (cours élémentaire deuxième  année). Mais comme il n’y a pas l’électricité à la maison, il est impossible d’étudier le soir, et la nuit tombe vite sous ces latitudes ! Résultat : l’an dernier, elle n’a pas été admise en classe supérieure.
Cette année, un jeune sans emploi l’aide à réviser moyennant finances. Mélanie se rend aux cours du soir à plusieurs kilomètres de chez elle, deux fois par semaine. En chemin, Mélanie rêve les yeux ouverts : quand elle sera grande, elle sera médecin pour soigner les gens et améliorer leur vie… En attendant, Mélanie a mauvaise mine. Elle n’est pas malade, non, mais son corps parle ; il exprime la peine qu’a sa mère à joindre les deux bouts et à s’occuper d’elle.
Mélanie est une des nombreux enfants qui se trouvent dans cette situation. Faute d’électricité, ils sont défavorisés dans leur parcours scolaire. Pourtant, ils ne demandent qu’une chose, très simple et très nécessaire: étudier correctement pour s’en sortir, et construire leur avenir.
Pour eux, la paroisse Saint-Bernard a le projet de créer un centre de lecture, une bibliothèque avec salle d’étude pour travailler le soir et ne pas s’enfoncer un peu plus dans la misère. Le budget s’élève à 8.300 euros. Pouvons-nous faire un effort ? Saurons-nous donner leur chance à Mélanie et à ses amis ?

Hyacinthe Ali,SCJ

 

POUR VERSER VOS DONS (déductibles des impôts): 
envoyer votre participation à Procure des Missions 64800 Lestelle-Bétharram
CCP 12880 P Toulouse (préciser "projet solidaire")  

 

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1929-2009

BÉTHARRAM EN CÔTE D'IVOIRE

Notre Congrégation a fait ses premiers pas en Côte d’Ivoire il y aura bientôt 50 ans. Le récit de cette aventure nous accompagne tout au long de cette année jubilaire. Nous le devons au P. Laurent Bacho, conseiller général et formateur près d’Abidjan.

8. La germination

À Dabakala, les musulmans sont désignés comme « ceux qui prient ». Nos frères se sentent interpellés ; pourquoi le qualificatif de « priant » n’est-il pas décerné aux chrétiens. Ils décident de mettre un plus grand accent sur la prière qui est une dimension essentielle de la vie religieuse ; ils invitent les jeunes en particulier à venir partager  les temps de prière. Certes l’église est petite mais le coin du tabernacle semble bien désigné pour un petit groupe.
Pendant ce temps, la province et le conseil provincial sont bousculés par cette présence réduite de Bétharram en Côte d’Ivoire. Le supérieur provincial convoque une dizaine de religieux qui seraient susceptibles de répondre pour cette mission en Côte d’Ivoire. Une unanimité se dégage et le choix est porté sur le P. Jean Marie Ruspil, vivant en communauté à Limoges, aumônier diocésain de la JOC. Le 1° octobre 1985, il rejoint Dabakala ; un nouveau chantier s’ouvre. Nyangourougbonon, la 3° paroisse du département, à 40 km de Dabakala, était servie par le P. Jean Lejeune, SMA ; à cause de la santé il est obligé de rentrer dans sa Belgique natale. L’Evêque demande à Bétharram d’y assurer le service pastoral ; le P. Jean Marie s’y rendra par quinzaine pour 3 jours de présence.
En mai 1986, le visiteur provincial, le P. Laurent Bacho est témoin de l’engagement des frères dans le domaine social, agricole en particulier : ils participent à une opération « semences d’arachides et d’ignames », à cause d’une sécheresse plus forte et favorisent l’introduction d’une nouvelle variété d’ignames plus précoces. Ils se lancent dans l’apiculture ; le miel pourra devenir un produit d’appoint appréciable notamment pour la scolarisation des enfants. L’accompagnement d’équipes JAC permettrait de retenir dans les villages les jeunes tentés de mener une aventure en Basse Côte où d’ailleurs ils sont souvent exploités dans les plantations de café et de cacao.  La communauté est aussi très attentive au foyer des jeunes, « le campus » qui permet aux jeunes d’y trouver un appui moral et un soutien scolaire. Ils veillent aussi à ne pas trop s’absenter du secteur ; étant parmi les plus jeunes du presbytérium, ils sont souvent sollicités pour l’animation diocésaine.
En 1987, une re-structuration des communautés est envisagée en France ; il est décidé de doter chaque communauté d’un religieux qui ne dépasse guère 40 ans pour la prise en compte du monde des jeunes. Le P. Jacky Moura est choisi pour St André de Cubzac ; il serait remplacé à Dabakala par le Père Léon Minaberry, un ancien de Ferké et Katiola mais à cause de la santé il ne peut s’y rendre. Revoilà donc la communauté en Côte d’Ivoire réduite à deux membres. Le questionnement reprend : pouvons-nous rester en Côte d’Ivoire ? Faut-il y rester si nous ne pouvons proposer aux jeunes la vie religieuse bétharramite ? C’est avec cette préoccupation que le nouveau supérieur provincial, Père Firmin Bourguinat va effectuer sa première visite en janvier 88. La réflexion est menée autour de cette question : « pensez-vous que le moment soit favorable de proposer la vie religieuse bétharramite à des jeunes ivoiriens ? » La réponse est affirmative ; avant son départ le P. Firmin rencontre même trois jeunes qui souhaitent emprunter ce chemin. Nos frères, tout en étant enthousiastes se rappellent les conseils donnés par Mgr d’Astros au P. Garicoïts au sortir de sa retraite de Toulouse : « Commencez votre œuvre, et, sans devancer la providence, suivez-la dans toutes ses indications avec générosité et persévérance ». Monseigneur Kélitigui prodiguera les mêmes conseils à notre supérieur provincial.
La « fermentation incessante » de l’Esprit Saint semble avoir mis le secteur djimini en ébullition ; quelques mois plus tard, d'heureuses nouvelles nous réjouissent. La congrégation des Sœur de la Providence de Peltre a décidé de s’installer à Dabakala ; les Filles de la Croix à Boniéré avec le projet d’y ouvrir un noviciat. Ce sera effectif en septembre 1989.

Laurent Bacho,SCJ

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