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14/02/2013

Nouvelles en Famille - 14 février 2013

Sommaire

 

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Le mot du Supérieur général

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LA PASTORALE VOCATIONELLE BÉTHARRAMITE

Le travail sur les vocations doit être notre premier engagement pastoral. En effet, si le charisme a été pour nous l’occasion de la rencontre avec le Christ, source d’une nouvelle orientation pour notre existence, donnant du sens à toute chose et nous comblant de joie, nous ne pouvons pas ne pas faire cette proposition à d’autres pour qu’ils connaissent la même expérience.

Nous pourrions dire que la Pastorale vocationnelle est le premier pas de notre mission puisqu’il s’agit d’y faire la proposition du Dieu d’Amour manifesté en Jésus Christ, anéanti et obéissant. Il s’agit de cela en premier, et pas de recruter des personnes pour continuer nos œuvres. Sans ce fruit-là dans la première étape de la formation, il n’est pas possible de passer aux suivantes.
Si, d’un côté, le nombre n’est pas l’essentiel, d’un autre, sans aucun candidat non plus, il n’y aura ni formation ni religieux dans le futur.
Lorsque nous relisons l’histoire de l’arrivée de nos religieux en Italie, il est impressionnant de voir que leur souci majeur fut d’accueillir des vocations pour la congrégation. Il en fut de même ailleurs.
Pendant longtemps, le soin de ce travail pastoral a été délégué à un religieux chargé des vocations, les autres s’en déchargeant sur lui. Il en va de même encore aujourd’hui. Pourtant la préoccupation des vocations doit être celle de tous, dans la mesure où nous croyons vraiment à notre vocation, à notre mission comme nous croyons dans les jeunes et en notre congrégation.
Dans un monde où il se dit constamment qu’il y a une grande soif de Dieu, nous devons trouver les moyens adéquats de faire la proposition de notre charisme aux jeunes, sérieusement et dans un langage adapté.  Il n’a jamais été facile de vivre de façon responsable la vie chrétienne. Ça ne l’est pas plus aujourd’hui qu’hier ! Ce n’est pas qu’aujourd’hui ce soit plus difficile ; je pense que les difficultés sont autres. Certes, il n’est pas simple d’être proche des jeunes et de les accompagner.
Mais la question de l’évangélisation ou de la pastorale vocationnelle se réduit-elle à cela ? Permettez-moi de vous partager une réflexion que j’ai lue dans la revue espagnole « Vida Nueva » (n° 2 823, 10-16 novembre 2012, p. 50) signée Francesco Torralba, philosophe :
« Les premiers groupes d’étudiants qui ont été catéchisés étaient des universitaires. Certains d’entre eux n’avaient eu aucune éducation ou formation religieuse?; ils ignoraient ainsi tout de ce monde, son langage, ses structures, ses récits comme ses rites ou son contenu. Avec cela, il y avait nombre de préjugés ou de stéréotypes sur le religieux, reçus et élaborés à partir des moyens de communication audio-visuels, principale source d’information pour eux.
Ce n’est pas qu’ils avaient le fait religieux en aversion, ils y étaient seulement indifférents dans leur grande majorité?; ils étaient “sur une autre planète” comme ils disaient. Je me suis retrouvé dans un amphi au milieu d’étudiants qui ne connaissaient rien à la parabole du fils prodigue, du contenu des béatitudes ou carrément de celui du Notre Père ou du Je vous salue. La disparition totale des connaissances religieuses est un fait évident, même s’il varie selon les temps et les lieux dans notre pays. Tout cela donne à penser, se révèle très symptomatique. Ces étudiants sont la manifestation de la fin d’un monde ou, peut-être, celle d’un grand vide concernant les grands domaines de l’existence.
La nouvelle évangélisation doit être donc une occasion de repenser les méthodes de transmission en réfléchissant aux raisons qui ont amené à leur faillite au siècle dernier. L’opportunité aussi de réfléchir au langage adapté pour transmettre l’Évangile dans un monde saturé d’images et de lieux communs, étranger au silence et à la valeur de sérieux. »
Il est certain, sur ce sujet comme sur d’autres, qu’il nous faut prier le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson... Et je suis convaincu que cela passe par une pastorale des vocations qui prenne en compte, dans le temps, les Exercices de saint Ignace et l’accompagnement spirituel. Le témoignage joyeux de nos vies comme de nos communautés est essentiel aussi. Mais cela ne suffit pas. Comme en ce qui concerne l’évangélisation, la réponse à cette question incontournable : « Pourquoi en est-il ainsi ? » doit être donnée en fidélité à notre espérance, à la fois avec simplicité et douceur ; et notre proposition tenir à ces mots : « Depuis que je connais Jésus anéanti et obéissant, en le rencontrant, je suis heureux. Toi aussi, tu peux être heureux en le connaissant, en l’aimant et en le rencontrant.?» Comment pourraient-ils connaître Jésus anéanti et obéissant si personne ne leur en parle ? Que seront le monde et l’Église si aucun homme, aucune femme ne désire, à l’image du Christ, vivre cet anéantissement et cette obéissance ? Qu’en sera-t-il de nous si nous n’avons pas eu le courage de proposer ce style de vie évangélique ?
Notre témoignage de vie chrétienne est aussi bien précieux que fragile. Il brille avec force dans les martyrs, tout au long de l’Histoire de l’Église. Il brille encore aujourd’hui lorsqu’il est authentique. Notre témoignage de vie chrétienne n’est pas quelque chose qui s’ajoute au reste. C’est notre vie même dans sa cohérence avec le Christ, dans ses traits essentiels, ses attitudes, ses actions, ses paroles que nous voulons reproduire. Toute notre vie de religieux est signe et annonce de Jésus Christ (RdV 13).
Tout ce que nous sommes et vivons manifeste et parle de quelqu’un d’autre que nous, la personne même de Jésus. Notre principale préoccupation n’est pas tant de rendre témoignage, sinon que de vivre en vérité notre vie chrétienne, ce qui sera un témoignage en soi. Nous devons être chrétiens à cause de ce que le Christ est dans nos vies, non pour que les autres s’en aperçoivent ; d’ailleurs ils le verront bien.
Tous nos témoignages sont limités, témoignages de pécheurs. Nous sommes appelés à nous convertir tout le temps, dans une dimension ascétique de nos vies, afin qu’elles soient fidèles à cette suite du Christ dans toute sa portée. Il arrive souvent que les incohérences des autres ôtent toute valeur de témoignage à notre vie chrétienne pourtant menée de façon responsable. Pour autant, vécue sérieusement, elle a valeur par elle-même et non seulement par celle que les autres lui donnent. De même qu’elle peut être signifiante pour certains, elle peut en laisser d’autres indifférents comme les pousser à la violence, donnant lieu non pas à de l’admiration, mais à de la persécution. C’est ce qui se passe dans la parabole du semeur?: il sème du bon grain sur toutes les terres, et chacune la reçoit selon son état, ce qui conditionne le résultat de la moisson (Mc 4, 1-20).

Gaspar Fernández Pérez, SCJ

 


 

smichel.jpgSaint Michel Garicoïts écrit... 

St Ignace a recommandé l’obéissance avec tant de force ! règles, lettres sur l’obéissance et sur la perfection religieuse. Raisons : 1° parce que sans se distinguer par la vertu attribuée particulièrement à Jésus dans l’Écriture (Phil 2,8 Jean 6,38 Ps 39,9), ceux qui font profession d’avoir ce Sauveur pour modèle ne pourront atteindre même de loin sa perfection ; 2° parce que les règles n’obligeant pas sous peine de péché, la discipline viendrait bientôt à s’énerver si elle n’était soutenue par un respect infini pour les ordres des Supérieurs ; 3° parce que l’obéissance seule produit dans l’âme toutes les autres vertus et les y conserve après les avoir produites. Au reste ce qui constitue essentiellement l’état religieux c’est le vœu d’obéissance, ex theologis post Thomam. (M 400)

 



VIE DE LA CONGRÉGATION

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Réunions à la Maison générale - Rome

CONSEIL DE CONGRÉGATION
(21 - 27 janvier)


Le Conseil de Congrégation a vécu une semaine intense dans la communion aux différentes réalités de notre Congrégation, représentées par les Supérieurs régionaux et le Conseil général. La Règle de Vie demande que cette réunion ait lieu au moins une fois tous les deux ans, mais la coutume a été instaurée de la faire chaque année, ce qui est facilité par le nombre restreint de membres.    
Ce fut donc une belle expérience de communion. Français, espagnol, anglais, italien : les quatre langues principales parlées dans la Congrégation étaient présentes, mais encore plus profondément la vie, avec les espoirs et les inquiétudes de chaque vicariat.
Bien évidemment le sujet principal a été le jubilé bétharramite pour les 150 ans de la mort de notre Fondateur : nous nous sentons tous engagés à faire de cette année un temps de grâce. Le charisme a traversé tant de décennies, allant du Cœur de Jésus au cœur du monde, grâce à l’inspiration de saint Michel, à la fidélité d’innombrables religieux et laïcs, grâce aussi à la volonté de continuer à croître.
La Maison Mère de Bétharram sera certainement le point d’arrivée mais aussi le point de départ de beaucoup d’activités?: la chapelle Saint-Michel sera bientôt l’objet d’une rénovation, avec un nouvel emplacement pour sa statue et une restructuration de l’ensemble. C’est le patrimoine le plus précieux de notre Congrégation et tous, nous nous sentons appelés à faire notre possible pour qu’il soit mis en valeur le mieux possible.
La principale responsabilité du Conseil de Congrégation est l’application des décisions du Chapitre général. Tout est en marche et avec assez d’enthousiasme et de disponibilité. Des communautés internationales sont en cours de formation à Pau, Olton, Great Barr… Et l’on prépare le terrain pour en établir d’autres à Mendelu, Droitwich… et qui sait ? peut-être même au Vietnam. Les consciences sont de plus en plus sensibles à l’internationalité. Cela se perçoit nettement dans les différents vicariats, notamment parmi les jeunes religieux : c’est le fruit d’un discernement attentif, réalisé sur la base de projets clairs et attractifs. C’est une façon de nous renouveler et d’insuffler de la vie là où le découragement et la fatigue tendent parfois à prévaloir.
Nous avons aussi parlé des laïcs et des différentes manières de participer et de s’abreuver au charisme de Bétharram, selon le style et la culture de chaque pays. L’on voit mieux les traits principaux qui définissent (sans l’uniformiser) le profil du laïc bétharramite. Dans certains pays ils sont plus organisés que dans d’autres : mais il est de plus en plus clair qu’il nous revient à nous religieux de nous ouvrir à eux et de permettre que le trésor dont nous avons hérité de St Michel leur parvienne.
Du Cœur de Jésus au cœur du monde…?: comment ne pas rappeler l’intuition géniale du Concile Vatican II qui définit le laïc comme «?homme d’Église au cœur du monde et homme du monde au cœur de l’Église?»… 50 ans ont passé, et l’Église ne donne pas encore un espace suffisant aux laïcs (ils n’ont pas toujours ni partout conquis son cœur)… Le Conseil de Congrégation nous a incités à faire croître ou du moins à ne pas étouffer les nombreux signes de vie et d’espérance, présents dans les différents groupes de laïcs de chaque vicariat.
Beaucoup d’autres sujets ont été traités durant cette semaine de communion de congrégation : le renforcement de la caisse pour la formation, l’animation pour les vocations, la participation aux JMJ à Rio de Janeiro, la préparation à la profession perpétuelle, la situation économique des trois régions (l’Europe partage avec les autres la crise économique, tandis que dans les pays émergents il semble qu’il y ait plus d’optimisme) : dans la grande et humble famille de Bétharram nous sommes concrètement appelés à vivre l’économie de communion.
La prière partagée dans la belle chapelle de la Maison générale a renouvelé notre foi et notre disponibilité : «?Me voici…?», avons-nous chanté le premier jour, et nous continuerons à le chanter dans nos lieux respectifs de mission.

Tobia Sosio, SCJ

 

 

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(PP. Laurent Bacho, Sylvain Dansou Hounkpatin, John Chan Kunu, Jacky Moura, Gustavo Agín, Guido García et deux invités, les PP. Stervin Selvadass et Simone Panzeri)

SERVICE DE FORMATION
(28-31 janvier)

Au sein du Service de formation bétharramite, nous avons vécu, avec le P. Gaspar Fernández Pérez, quelques jours intenses de travail, au cours desquels nous avons pu passer en revue la réalité de la formation dans notre famille religieuse, partager les joies et les peines, les joies et les espérances de la mission que l’on nous a confiée, et envisager ensemble l’avenir immédiat.
En jetant un regard sur le travail de ces journées, naît dans le cœur un sentiment d’action de grâce au Seigneur, surtout après cette relecture de la vie de tous nos jeunes en formation dont on sent la ferme volonté de se consacrer entièrement au Seigneur selon le charisme propre de Bétharram. Être témoins privilégiés de l’appel que Jésus lance à chacun d’eux nous fortifie et nous engage à renouveler notre mission.
De la même manière, nous avons pu mettre en commun la vie de nos maisons de formation partout dans le monde, les activités que réalisent les jeunes en formation à chacune des étapes de la formation initiale, les défis que chaque région doit relever.
Avec le P. Enrico Frigerio, présent pour l’occasion, nous avons évalué la session 2012 de préparation à la profession perpétuelle. Les formateurs ayant participé à la session ont donné leurs impressions et répercuté celles que les jeunes participants nous avaient fait parvenir, ainsi que les suggestions pour améliorer encore plus l’expérience ces prochaines années.
Une mise à jour de la Ratio Formationis était nécessaire depuis la nouvelle édition de la Règle de Vie (février 2012). La Ratio avait été récemment enrichie par l’introduction du point 4 au chapitre 1, à savoir, les «?éléments de la pédagogie bétharramite?», et d’autres divers ajouts suggérés par les mêmes formateurs. Avec tout ce nouveau matériel, nous avons travaillé à une nouvelle rédaction définitive de la Ratio, qui verra le jour sous peu, après avoir ajusté quelques détails de rédaction.
En présence des trois maîtres des novices des trois noviciats régionaux (Bethléem, Adrogué, Bangalore), nous nous sommes arrêtés d’une manière particulière sur l’étape du noviciat. Nous avons partagé la réalité de chacun des noviciats et, de plus, nous avons pu constater l’importance incontestable des Exercices spirituels de saint Ignace comme un outil précieux de notre héritage charismatique. Le mois ignatien est proposé aux novices comme l’axe central de cette étape de la formation, afin de vivre une expérience profonde de l’amour de Dieu et de la sequela Christi. De fait, les Exercices spirituels du saint de Loyola aident le novice à faire un pas important vers la conversion à l’Évangile, dans sa rencontre personnelle avec le Christ, l’expérience du charisme, le choix de sa vocation et sa disposition pour la mission (Ratio Formationis 98).
Enfin, le P. Graziano Sala nous a offert une vision complète de la situation économique de la Congrégation du point de vue de la formation. Il faut noter la solidarité existant entre les vicariats, qui vivent une véritable économie de communion. Cependant, il est nécessaire que tous les religieux redoublent d’effort pour soutenir la formation.
Nous avons conclu notre travail fin janvier. Nous retournons dans nos communautés respectives, pour poursuivre la mission qui nous a été confiée. Puisse le Seigneur, par l’intercession de Marie de Bétharram, de saint Michel, de la Bienheureuse Mariam et du Vénérable P. Etchécopar, ne cesser de bénir notre travail et cheminer toujours à nos côtés. En avant toujours !

Guido García, SCJ

 

 

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(P. Gustavo Agín, P. Gianluca Limonta, P. Jacky Moura, P. Graziano Sala et F. Andrew Ferris)

COMMISSION POUR LA SESSION DE RECYCLAGE 2015

À quelques jours de la fête de la Présentation du Seigneur, jour de joie et de prière pour la Vie Consacrée, s’est réunie la commission d’étude pour la session de formation destinée aux religieux de plus de quarante ans, qui se déroulera en Terre Sainte en été 2015.
Durant ces six jours de travail intense, je peux attester que, dans un esprit authentique de service et de fraternité, nous avons essayé de projeter un itinéraire nettement orienté sur la Bible et l’expérience : l’objectif est d’aider les futurs participants à relancer et fortifier leur propre dimension humaine et leur vocation, pour parvenir à une nouvelle synthèse de vie entre expérience et Évangile, entre vocation et vocation bétharramite.
À travers nos échanges, continus et intenses, a commencé à prendre forme un parcours formateur qui permettra à chacun de faire le point sur sa vie d’homme et de religieux de Bétharram, après quelques années seulement ou davantage depuis sa profession perpétuelle, son ordination sacerdotale, sa dernière période de “repos” ou de session.
Nous nous sommes laissés guider par les paroles du Pape Benoît XVI dans le motu proprio Porta Fidei, au n°6-2 : « Grâce à la foi, cette vie nouvelle modèle toute l’existence humaine sur la nouveauté radicale de la résurrection. Dans la mesure de sa libre disponibilité, les pensées et les sentiments, la mentalité et le comportement de l’homme sont lentement purifiés et transformés, sur un chemin jamais complètement terminé en cette vie. »
En outre, comme nous le rappellent les Actes du XXVI Chapitre général (n° 4), il est nécessaire d’insister « sur la priorité de la formation permanente, fondée sur l’accompagnement personnalisé de chacun qui favorise l’expérience de Dieu et l’approfondissement de la vocation ».
Dans cette optique, les journées de session en Terre Sainte seront rythmées par des moments de réflexion et de partage à partir de la richesse et du caractère unique des lieux bibliques – Bethléem, Nazareth, Jérusalem et autres –, pour donner lieu à la revitalisation d’un parcours humain et de foi dont les dix jours d’Exercices spirituels, dans l’esprit de St Ignace, constitueront le point culminant.
Dans l’équilibre et l’homogénéité entre journées de travail et journées de repos, très précieuses pour intérioriser ce qui sera vécu dans ces lieux, il sera donné aux participants d’incarner dans leur propre vie et dans leur propre mission ces mots si chers à St Michel : «?Me voici, sans retard, sans réserve... uniquement par Amour. »
 
Gianluca Limonta, SCJ 
 

 

AVIS DU CONSEIL GÉNÉRAL

  • Le 24 janvier, le Supérieur général avec son conseil a approuvé la nomination du P. Mario Sosa comme supérieur du collège et de la paroisse “San José” (Vicariat du Paraguay).

IN MEMORIAM

  • Le 23 décembre 2012, le père Bernard Béhocaray,scj, a perdu son frère, M. Battit Béhocaray (Baptiste, pour la mairie). Nos prières s’unissent à celle de notre confrère.


 5 minutes avec...

... les trois Supérieurs régionaux

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Deux années viennent de s’écouler pour eux au service de leurs Régions. Réunis à Rome pour le traditionnel rendez-vous du Conseil de Congrégation (21-27 janvier), nous avons demandé aux trois Supérieurs régionaux de nous raconter la vie et les projets en cours dans les Régions. Leurs témoignages nous donnent une vision rapide mais précise de ce qui se vit, aujourd’hui, dans la Congrégation...

Nef : Après deux ans comme Supérieurs régionaux, comment voyez-vous la Région dont chacun de vous est responsable ? Quels sont ses points positifs ? Ses fragilités ?

- Père Jean-Luc: Il m’est difficile de dire en peu de mots ma vision de la Région Saint-Michel Garicoïts, ne serait-ce que parce qu’elle est la première, par la chronologie et par le nombre?: une longue et riche histoire, cinq vicariats, huit nations, une vingtaine de jeunes en formation, autour de cent-quarante profès perpétuels, avec la moyenne d’âge la plus élevée de la Congrégation. Les deux plus importantes communautés de la Région sont respectivement la maison de retraite de Bétharram et la maison de formation d’Adiapodoumé. Tout un symbole, à la fois de l’ancienneté et du patrimoine spirituel et humain qu’elle représente, et des espoirs de la jeunesse – de l’Église et du monde – qui monte, en Afrique notamment.
Qui dit ancienneté pense vieillissement, difficulté à se projeter dans l’avenir, résistance au changement ; qui dit jeunesse évoque quête d’identité, crise de croissance... Autant d’attitudes qui révèlent, en positif, la force de nos faiblesses, à une condition : retrouver la vérité, la beauté et l’enthousiasme de notre charisme. Alors l’âge élevé peut conduire à une sagesse, un détachement de l’activisme, un regard de foi bienveillant et libérateur pour les autres. Alors, à la lumière de la Parole de Dieu et au contact des frères, l’impatience des débuts se double d’une soif d’apprendre et d’une capacité à se remettre en question, d’une fraîcheur et d’une créativité qui rendent tout possible.
Ainsi, moins je suis optimiste quand je me regarde et quand je regarde les chiffres, plus je suis dans l’espérance quand je considère l’éternelle nouveauté du «?me voici » dont nous sommes porteurs, et qui nous porte aussi ! Et quand je me perds dans les questions, et que je perds de vue le sens profond de mes fonctions, je reprends la lettre 253 de notre père saint Michel : « Que faut-il de notre part pour attirer la bénédiction de Dieu sur [Bétharram]?? Une estime sincère de notre vocation et de notre mission, une disposition intérieure et habituelle à remplir (…) selon nos règles, en vrais instruments du Sacré Cœur de Jésus, tous les devoirs de cette belle position. » Oui, « avec un peu de foi et d’esprit religieux, rien ne [nous] manque » pour tout faire marcher, et pour marcher tous ensemble, selon Sa sainte Volonté.

- Père Gustavo: Mon regard sur notre Région Etchécopar est un regard de paix et de miséricorde, comme celui de Jésus avec Pierre, réaliste et plein d’espoir. Dans les moments de solitude, livré à la Miséricorde du Crucifié, proche du Christ apparemment vaincu... D’autres fois, en compagnie : voyant sans comprendre, cheminant dans l’obscurité de la foi, mais uni à mes frères.
Éléments positifs :
1. La fraîcheur des jeunes religieux et leur “saine insatisfaction” qui nous met au défi de nous lancer vers de nouveaux horizons dans la construction du Royaume. 2. La faim spirituelle des laïcs et leur apport à la mission partagée. 3. La sagesse des religieux plus âgés qui acceptent de quitter certaines choses – des façons de voir, des œuvres, des liens d’affection – pour laisser place aux défis d’une vie religieuse renouvelée, dans un contexte d’incertitude ecclésiale.
4. La sortie de certains membres qui, bien que cela nous fasse mal, représente un signe pascal face à la proposition de vivre dans la vérité ce que nous sommes : des religieux bétharramites. 5. Les expériences de dépouillement ecclésial auquel nous avons été dernièrement soumis par les pasteurs de l’Église, qui nous permettent de répondre : sans conformisme, à partir de l’obéissance, comme “camp volant”.
Fragilités :
1. Certains religieux qui ressentent de la fatigue, du découragement, un sentiment de désunion, et qui transmettent sans le vouloir leur amertume (peut-être en raison d’une difficulté à comprendre les projets…, ou d’un sentiment de solitude…, ou bien parce que la construction du Royaume partant d’un nouveau Bétharram les rend perplexes…, ou encore pour d’autres motifs non exprimés…). 2. Les nouveaux défis ecclésiaux, parfois, restent dans l’ombre quand il faut maintenir de grandes structures ou des tâches gratifiantes. De là, notre timidité à nous engager auprès du monde des pauvres et des exclus. 3. Le risque de nous embourgeoiser par le matérialisme régnant, tant comme ministres ordonnés que comme religieux. L’idéologie dominante à laquelle chacun adhère, sa culture, ou son âge, ne l’exemptent pas de ce risque. 4. Le manque d’engagement réel pour l’entretien d’une expérience intérieure renouvelée de l’Amour de Dieu. Peu de temps dédié à la vie intérieure. Certains sont accaparés par les attraits des systèmes de communication, de l’informatique, etc.

- Père Austin:Notre Région Bienheureuse Marie est une jeune région en plein développement. Elle connaît l’effervescence, les joies et les crises de croissance d’une vie qui commence.
Des 57 profès perpétuels de la Région, 41 sont de jeunes religieux originaires de l’Inde et de la Thaïlande, et ce nombre multiplié par deux correspond aux étudiants en formation.
Certains de nos jeunes prêtres se sont montrés capables d’assumer de lourdes responsabilités tant dans leurs propres pays qu’à l’étranger. Je pense au P. Chan en Inde, au P. Wilfred et au P. Mongkhon en Angleterre, ou encore aux Pères Stervin et Pornchai en France. Ils ont apporté au Vicariat vieillissant d’Angleterre du dynamisme et le sentiment d’avoir un but, ce qui est une grande bénédiction pour tous. Ils ont aussi mis en relief l’internationalité présente dans notre famille bétharramite.
Les bénédictions et les échanges spirituels se sont développés dans plusieurs directions. Les deux vicariats les plus jeunes nous ont transmis énergie et enthousiasme, tandis que le troisième vicariat, “le grand frère”, a communiqué un sentiment de stabilité, assuré une aide financière, entretenu le lien avec la tradition tout en élargissant la perspective, ce dont tous avaient fortement besoin. L’Italie, la France et l’Espagne ont également incarné ce rôle de “frères aînés”, en particulier pour la Thaïlande.
Le témoignage historique des missionnaires européens bétharramites plus âgés a revêtu une importance particulière en Thaïlande où leur esprit pionnier désintéressé est à l’origine de la fondation du diocèse de Chiang Mai et a fourni à tous un exemple à suivre. Aussi bien en Inde qu’en Thaïlande, j’entends des évêques me dire?: « Envoyez-moi je vous prie quelques uns de vos religieux pour faire, dans mon Diocèse, ce travail qui a été fait à Chiang Mai. »
Comme dans toute nouvelle mission, ce sont les finances qui posent problème, notamment pour la formation (en particulier en Thaïlande), mais ceci devrait nous inciter à atteindre l’autosuffisance et nous aider à discerner quelles sont les œuvres qu’il faut soutenir ou laisser.
S’il y a faiblesse dans tout cela, c’est un manque d’assurance dans l’adhésion à la spiritualité de St Michel. Ceci ne concerne pas seulement la Thaïlande ou l’Inde, mais aussi l’Angleterre. J’ai le sentiment qu’à la moitié du 20e siècle, à l’époque décisive où il fallait ré-interpréter l’esprit de St Michel dans notre temps, nous n’avons pas eu assez de personnes préparées pour le faire, contrairement aux Franciscains et aux Jésuites.
Je remercie Dieu pour tous ces religieux dévoués qui, dans plusieurs pays, ont essayé d’y remédier ces dernières années. Dans les trois vicariats, des pas de géant ont été accomplis pour réintroduire les Exercices ignatiens. 

Dans quels projets la Région est-elle engagée en ce moment ?

- Père Jean-Luc: Le Chapitre général de 2011 a fixé le cap à travers un projet-phare pour la vie et pour la mission : la création de communautés internationales censées revitaliser le vieux tronc, et déployer de nouvelles énergies pour l’animation spirituelle et pour l’évangélisation. Trois lieux ont été ciblés pour la Région : Pau, Nazareth et Mendelu. Le premier projet, stimulé par l’arrivée de jeunes religieux d’Inde et de Thaïlande, est en phase de réalisation ; le second se cherche encore ; le troisième est en cours de discernement.
Naturellement, de par son haut coefficient historique et affectif, Bétharram ne pouvait rester à l’écart d’un tel mouvement. Depuis l’automne dernier, à la demande du Supérieur général, et avec l’aide d’un expert et d’amis laïcs, un groupe de travail réfléchit à la situation présente et au devenir de la maison-mère. L’enjeu n’est pas seulement économique et matériel, même s’il saute immédiatement aux yeux. Ce qui est en jeu, c’est aussi une façon d’être communauté en mission. Il y va de notre fidélité au passé, mais surtout de notre cohérence avec le projet du Fondateur, dans l’attention aux signes des temps.
En ce sens, ce qui vaut pour le site de Bétharram est significatif pour l’ensemble. La question de fond est : « voulons-nous vivre?? que voulons-nous vivre ? » À partir de là, n’en doutons pas, le « comment?» trouvera sa réponse, à Bétharram et ailleurs.

- Père Gustavo: Dans le projet régional né de la vie des vicariats et des communautés on peut retenir : 1. La renaissance de la pastorale des vocations (après un exode de frères en raison de certaines crises, et deux ans de vaches maigres), un total de 9 jeunes entre en 2013 dans l’aspiranat du Brésil (VIBRA, 5) et du Paraguay (VIPAR, 4). 2. La formation de formateurs?: deux dans le VIPAR et deux dans le VIBRA commencent à suivre des cours spécifiques et à assumer des responsabilités dans les maisons de formation. 3. Des progrès en vue d’une nouvelle expérience de Mission régionale en Uruguay, option du Chapitre régional 2010. 4. Parmi les jeunes une renaissance de l’esprit missionnaire des œuvres bétharramites. 5. Imprimer aux communautés un esprit plus fraternel par le Projet communautaire apostolique. 6. Une intégration des laïcs et une coopération croissante avec eux dans l’évangélisation au moyen de la pastorale éducative (ils animent les 15 collèges situés dans la Région). 7. La constitution d’équipes régionales pour la formation permanente, la pastorale pour les vocations et la formation, la pastorale éducative, l’animation missionnaire, l’économie de communion. Les rencontres annuelles. Les activités régionales. 8. Une régularisation administrative progressive du projet économique. Une communion des biens de la Région et de la Congrégation. 9. L’accompagnement des jeunes religieux par des rencontres, des dialogues et la délégation de certaines responsabilités.

- Père Austin:Des projets, modestes ou grands, abondent dans les trois vicariats. En Thaïlande, nous avons essayé de nous concentrer sur le ministère auprès des réfugiés karens venant du Myanmar dans les zones frontalières, touchant trois diocèses. En Inde, nous avons inauguré une mission auprès des populations du nord-est avec une communauté vivant dans une zone à prédominance musulmane. Les trois vicariats ont des communautés internationales. En Angleterre nous avons lancé la formation de trois d’entre elles, en confiant des positions de grande responsabilité aux jeunes religieux venus d’Asie. Ces dernières années, leur bonne volonté et leur disponibilité à assumer un ministère dans un contexte européen ont été une réelle bénédiction.
Dans les trois vicariats, le travail des bénévoles laïcs a un poids significatif. En Angleterre, les Companions de Bétharram sont un prolongement important de la famille bétharramite. En Inde, les laïcs associés ont enseigné l’anglais à nos plus jeunes étudiants, et nous ont aidés à recueillir des fonds pour le nouveau séminaire.
En Thaïlande, si les sympathisants laïcs forment un groupe moins organisé, leur aide, leur soutien amical et financier ont été néanmoins très importants, notamment pour les séminaires de Sampran.

Cette année où sera lancé le 150e anniversaire de la mort de St Michel, comment les communautés, les vicariats et la région vivront-ils cet événement ?

- Père Jean-Luc: La géographie favorise notre Région, du moins dans sa partie nord. Bétharram sera l’épicentre de bien des temps forts pour notre famille : ouverture du Jubilé par le cardinal de Bordeaux, le 14 mai, avec en « première mondiale » la Messe de Saint Michel Garicoïts chantée par le « Petit Chœur?» du même nom?; retraite des religieux de la Région, prêchée par le P. Gaspar Fernandez, suivie par la fête de Notre Dame le 28 juillet ; session internationale des Frères prolongée par les fêtes de la Sainte-Croix, présidée par Mgr Vincent Landel,scj…
À Pau comme à Rome et Albiate, une exposition de photos sur le berceau de la Congrégation permettra de toucher un plus large public. Le 1er juin, une chorale de 60 jeunes jordaniens liés à notre communauté de Zarka commencera à Pau sa première tournée en Europe en fêtant la Bse Mariam. Dans la ville éternelle, une Messe solennelle aura lieu le 23 juin à Saint-Louis des Français, précédée par une veillée de prière au sanctuaire des Miracoli. Des retraites pour laïcs, des propositions autour des JMJ, des après-midis pour les enfants du catéchisme à Bétharram sont dans les cartons. En Côte d’Ivoire des rassemblements pour jeunes et des initiatives musicales (CD, festival de chorales) sont également prévus. Impossible de tout citer !  
Mais l’important n’est pas dans la succession des événements et des célébrations. Il est dans l’esprit qui les motive : ce souci de raviver en nous le don que nous avons reçu?; cette volonté de mettre en valeur ce qu’il a suscité et continue de susciter dans l’Église ; ce désir de «?procurer aux autres le même bonheur ».
Chaque vicariat devrait profiter des assemblées et des récollections pour approfondir le partage et l’engagement apostolique dans la ligne du « me voici » ; chaque communauté, en soignant sa qualité de vie de prière et de vie fraternelle, en ouvrant un peu plus sa chapelle et sa table aux laïcs, jeunes et adultes, se fera le témoin de la joie et de la disponibilité du Verbe incarné. En somme, rien de plus que d’être du mieux possible tels que saint Michel Garicoïts nous a voulus. Mais rien de moins assurément !

- Père Gustavo:  Parmi de nombreuses autres activités, il sera célébré de la manière suivante?:
- Les communautés : 1. Le renouveau dans le Charisme reflété dans leurs projets communautaires. 2. Des fêtes populaires et des célébrations dans les collèges et les paroisses avec les laïcs. 3. En assumant le thème et le logo proposés par la Congrégation dans les communautés et en diffusant le charisme par des catéchèses adéquates.
- Les vicariats : la retraite annuelle inspirée des sujets sur le Charisme de St Michel Garicoïts (VIBRA). 2. La visite et/ou la procession avec les reliques de St Michel Garicoïts qui se trouvent à La Plata (VIARUR). 3. Des pèlerinages de laïcs aux « lieux saints » de Bétharram et du Charisme. (VIARUR - VIBRA).
- La Région : l’édition en espagnol de la Correspondance de St Michel Garicoïts en trois tomes. 2. Des rencontres régionales de laïcs, et des éducateurs. 3. Pré - journées des JMJ au Brésil. 4. Une rencontre de jeunes religieux de la Région. 5. Des journées sur St Michel dans les missions et avant les futures ordinations sacerdotales (trois).

- Père Austin: L’année jubilaire de St Michel sera marquée dans les trois vicariats par les grandes liturgies traditionnelles qui voient la participation des évêques locaux, des amis laïcs, des sympathisants et collaborateurs, mais au-delà de cela, nous avons nos espoirs et nos projets de jubilé. En Inde, nous comptons inaugurer le nouveau séminaire de Mangalore. En Thaïlande, nous espérons lancer du mieux possible une nouvelle mission auprès des réfugiés du diocèse de Ratchaburi, tandis qu’en Angleterre nous voulons faire avancer le Groupe de Spiritualité bétharramite et partager davantage notre spiritualité avec la paroisse et les groupes scolaires.
L’Angleterre a un nombre important de religieux frères. Aussi serons-nous très heureux de participer au mois de septembre au pèlerinage à Bétharram et Ibarre organisé par la Région St Michel à l’attention des religieux frères.
L’enthousiasme pour les Journées Mondiales de la Jeunesse s’est un peu émoussé à l’annonce des coûts et des difficultés logistiques, mais un projet alternatif est à l’étude pour les jeunes bétharramites des trois vicariats, projet qui aurait lieu en Thaïlande début 2014, avant la fin de l’année jubilaire.
Enfin, si je reviens sur les événements passés depuis la mise en place de la Région en 2008, je suis étonné et heureux de constater combien nous avons été bénis, protégés et soutenus. Je n’aurais jamais cru être nommé Supérieur régional, me considérant toujours inapte à la tâche, mais ces quatre dernières années ont été une leçon sur la façon dont Dieu vient en aide aux faibles et à ceux qui ne sont pas adaptés. L’image que je préfère pour en rendre compte est la parabole tirée des Évangiles, où un semeur répand sur le sol des graines qui poussent même durant son sommeil... « Nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment » (Marc 4,27). Dieu fait ainsi pousser les choses à notre place, même lorsque (ou surtout lorsque...?) le Supérieur régional sommeille !




IN MEMORIAM

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Père Daniel Ramón Martín

Rosario - Santa Fé, 7 janvier 1939 - Buenos Aires, 2 février 2013

Le 2 février 2013, journée de la vie consacrée, le P. Martín s’est présenté au Père en compagnie de Jésus. Le déclin rapide de sa santé lui a permis de vivre pleinement conscient le moment sublime de son abandon définitif au Seigneur, qui avait commencé le jour de sa première profession à Villa Bétharram, à Adrogué, il y a 55 ans.
Le P. Martín naquit à Rosario le 7 janvier 1939. Il fut orphelin de mère très jeune. Son père, ses grands-parents et surtout ses tantes, Ana et Marta, lui prodiguèrent une éducation chrétienne. Comme ils connaissaient le P. Carraro, un missionnaire bétharramite de Chine, et par son intermédiaire les religieux du collège du Sacré-Cœur, Daniel Ramón entra vers l’âge de dix ans à l’apostolicat de Barracas.
C’était un enfant de constitution fragile, appliqué, vif et espiègle qui a su très bien mettre à profit l’éducation sérieuse qui était donnée dans ce centre bétharramite. De là, il partit pour Adrogué où il eut comme Maître des novices le P. Permasse et au scolasticat les “honorables” pères Craviotti, Rodríguez, Cerutti et Camy, entre autres.
Il fut ordonné en « 1962, l’Année du Concile?», comme il le fit inscrire sur son image souvenir. Il avait été formé dans la théologie traditionnelle, cependant il accepta, assimila et transmit les nouveaux courants de la christologie, de l’ecclésiologie, de la pastorale et de la théologie de la vie religieuse. Les expressions habituelles du P. Martín étaient : « une évangélisation et une catéchèse kérygmatique », « le mystère pascal du Christ », «?l’Église est le Corps vivant du Christ aujourd’hui dans l’Histoire », « les laïcs, les baptisés, temples vivants de Jésus-Christ », « le sacrement du mariage est le “nous” de l’amour »...
Tout en assimilant tout ce que lui apportait le Concile, le P. Martín a su conserver cet amour pour la vie intérieure qu’il tenait de sa formation traditionnelle.
Il vécut la tension post-conciliaire avec toujours la même passion : Medellín, Puebla… Quelques incompréhensions du moment l’amenèrent à s’écarter un temps de Bétharram pour être curé à La Paz (Province d’Entre Ríos), dans le diocèse de Concordia, où il travailla avec un zèle pastoral et spirituel constant. C’est le P. Echeverría qui alla le chercher et avec qui il regagna la communauté du collège San José d’Asunción, sans rancune et avec une forte dose d’humilité. Dans la paroisse San José, il se prit d’enthousiasme pour le Chemin néo-catéchuménal ; il visitait les malades et essayait d’associer les laïcs à la vie de la paroisse.
Le P. Martín avait une grande passion pour la vie et pour sa vocation religieuse et sacerdotale. Il avait une âme missionnaire. Il prit très au sérieux sa mission de maître des novices et visait surtout le travail de l’intériorité. Il considérait les Exercices ignatiens comme un excellent moyen pour la rencontre avec le Christ et le discernement. Une légion de jeunes bétharramites, formés à Adrogué, auront toujours en mémoire ses conseils, ses “livrets” et le sacrement de la miséricorde.
Il fut curé de Martin Coronado. Là aussi il se voua à sa tâche avec passion. Il reprit en main le Centre Pastoral Familial de la paroisse. Tous se souviendront de ses homélies enflammées et des fêtes patronales bruyantes du quartier : « notre Mère, La Vierge de Bétharram, est de sortie pour parcourir les rues de Martin Coronado… » Ils se rappelleront aussi l’enthousiasme avec lequel il a essayé de faire revivre la paroisse, en organisant le SINE (“système intégral de nouvelle évangélisation”). Tout cet enthousiasme déclenchait parfois chez lui de grandes colères car tous n’étaient pas convaincus de ses projets. Et ces colères altéraient parfois son état de santé, ce qui le faisait beaucoup souffrir.
Il avait une idée claire de sa vocation de personne consacrée et de son identité bétharramite. Il admirait la personne de saint Michel Garicoïts, une « figure sereine ». Il connaissait en profondeur le charisme que le saint nous a laissé car il lisait, méditait et priait ses écrits, et affirmait que «?...par une intuition qui le projetait en avant, il avait découvert la substantifique moelle de l’Évangile.?»
Il reste comme témoignage son « essai kérygmatique sur le charisme dans l’esprit de la Nouvelle Évangélisation » et les Hojitas de espiritualidad, bulletins qu’il élabora pendant plus d’une décennie, comme un service pour les laïcs, dont il croyait à la vocation. Mais il voulait ceux-ci dans les différentes “positions” où la vie les avait placés et dans l’expérience du sacrement du mariage, plus qu’au pupitre ou à la sacristie.
Nous gardons en mémoire la fascination qu’il avait pour la contemplation - en face à face?- de Jésus ressuscité qu’il avait tant connu, aimé, suivi et prêché… Il se sera dit au plus profond de son cœur ce qu’il répétait si souvent dans le psaume?: « Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit, fidèle en tout ce qu’il fait. (...) Il répond au désir de ceux qui le craignent (...), il les sauve. Le Seigneur gardera tous ceux qui l’aiment, mais il détruira tous les impies. Que ma bouche proclame les louanges du Seigneur ! Son nom très saint, que toute chair le bénisse toujours et à jamais ! » (Ps 145 (144), 13, 19, 20, 21).

Gustavo Agín et Gaspar Fernández Pérez, SCJ

 


 

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2. LA RÈGLE DES JÉSUITES 

 

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 Saint Ignace de Loyola

Les règlements de Hasparren, capables d’animer la piété d’un groupement de missionnaires, se révélèrent de plus en plus insuffisants à mesure que le P. Garicoïts fit partager à ses disciples l’idéal d’une vie proprement religieuse, telle qu’il l’avait conçue dans sa retraite de Toulouse en 1832. L’auteur de La Vie de St Michel Garicoïts, le P. Bourdenne, décrit ainsi ces premiers temps de la communauté :
« Le P. Garicoïts avait reçu du P. Leblanc un exemplaire du Thesaurus des Jésuites. Il fut tellement conquis par la belle ordonnance de ce code ascétique, que, voulant mieux connaître l’œuvre de saint Ignace, il étudia aussi les Constitutions de la Compagnie de Jésus. Son impression ne fut pas moins heureuse. Peu de temps après, il distribuait à chacun de ses prêtres un exemplaire du Thesaurus et des Constitutions. En attendant qu’il pût leur en prescrire la lettre, il tâchait de les imprégner de cet esprit.?»
Ainsi s’écoulèrent les années 1836 et 1837. Sous l’influence du Fondateur, la jeune communauté entra parfaitement dans le moule de ces nouvelles règles :
« En 1838, poursuit le biographe, ces règlements étaient déjà tellement passés dans les habitudes de la Communauté que le P. Garicoïts pria Mgr Lacroix, qui venait d’être nommé évêque de Bayonne, de vouloir bien les sanctionner, afin que désormais ils eussent force de loi. »
L’Evêque donna son approbation en ces termes : « Pénétrez-vous bien de l’esprit de cet abrégé des Constitutions et observez-les en attendant les règles qui vous seront données en conformité aux constitutions sus-citées.
6 septembre 1838. »
Bien plus riche que celle de Hasparren, cette Règle comprenait les 52 articles du Sommaire des Jésuites et les 49 articles des Règles communes de la Compagnie, sauf quelques paragraphes qu’on avait barrés, parce qu’ils ne convenaient pas à la petite société.
Ce texte ainsi corrigé nous a été conservé dans un cahier du P. Cassou, qui devait mourir prématurément le 2 novembre 1846. Le même cahier nous livre un autre document d’une grande importance. Le P. Garicoïts ne se contenta pas des petites suppressions pratiquées dans le texte jésuite pour l’adapter à Bétharram. Il le fit précéder d’un manifeste de sa composition exprimant ce qu’il y avait de plus profond dans son âme et destiné à guider l’interprétation bétharramite de ces règles. Ce texte capital nous fait connaître mieux que tout autre le « charisme » du Fondateur.

« Il a plu à Dieu de se faire aimer, et tandis que nous étions ses ennemis, il nous a tant aimés, qu’il nous a envoyé son Fils unique : il nous l’a donné pour être l’attrait qui nous gagne à l’amour divin, le modèle qui nous montre les règles de l’amour, et le moyen de parvenir à l’amour divin : le Fils de Dieu s’est fait chair.
Au moment qu’il entra dans le monde, animé de l’esprit de son Père, il se livra à tous ses desseins sur lui, il se mit à la place de toutes les victimes : vous n’avez point voulu, dit-il, d’hostie et d’oblation, mais vous m’avez formé un corps [l’original porte : vous me l’avez approprié] ; les holocaustes et les victimes pour le péché ne vous ont pas plu ; alors, j’ai dit?: Me voici, je viens pour accomplir votre volonté, ô mon Dieu?! Il entra dans la carrière par ce grand acte qu’il ne discontinua jamais. Dès ce moment, il demeura toujours en état de victime, anéanti devant Dieu, ne faisant rien par lui-même, agissant toujours par l’esprit de Dieu, constamment abandonné aux ordres de Dieu, pour souffrir et faire tout ce qu’il voudrait?: exinanivit semetipsum, factus obediens usque ad mortem, mortem autem crucis. C’est ainsi que Dieu nous a aimés ; c’est ainsi que Jésus-Christ, notre Seigneur et Créateur est devenu un attrait ineffable pour les cœurs, un modèle parfait et un secours tout puissant ; cependant les hommes sont de glace pour Dieu ! Et parmi les prêtres mêmes il y en a si peu qui disent, à l’exemple du divin Maître : Nous voici... Ita Pater.
À la vue de ce spectacle prodigieux, les prêtres de Bétharram se sont sentis portés à se dévouer pour imiter Jésus anéanti et obéissant, et pour s’employer tout entiers à procurer aux autres le même bonheur, sous la protection de Marie, toujours disposée à tout ce que Dieu voudrait et toujours soumise à tout ce que Dieu faisait.
Ils ont pris pour patrons saint Michel et saint Ignace de Loyola. »

Des trois paragraphes que contient ce manifeste, le premier exprime le but et le fait de l’Incarnation du Verbe à quoi doit se rattacher la Congrégation ; le second, l’idéal et les dispositions du Christ - proposé comme modèle - et le troisième, l’idéal et les dispositions des prêtres de Bétharram, calqués sur ceux du Christ.
Il n’y est pas encore nommément question du Sacré-Cœur ; mais on y trouve tout le contenu que le saint mettra bientôt sous ce vocable. De même l’ecce ancilla, sans être mentionné expressément, y est déjà implicitement inclus, puisqu’on nous y montre Marie « toujours disposée à tout ce que Dieu voudrait et toujours soumise à tout ce que Dieu faisait ! »
Telle fut la deuxième règle de la Congrégation.

Pierre Duvigneau, SCJ

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